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Les défis de la conservation de la biodiversité

La richesse naturelle de la RDC

Les forêts de la RDC couvrent une superficie estimée à 155,5 millions d’ha (dont 99 millions d’ha de forêts denses humides). Ce chiffre équivaut à environ 67 % du territoire national, dont la superficie est d’environ 2 340 000 km2.

Le Patrimoine naturel protégé de la RDC comprend 7 Parcs Nationaux et une cinquantaine de Domaines de Chasse et Réserves couvrant approximativement 11 % du territoire national (soit 257 400 km2). Cet énorme réseau d’aires protégées s’étend du nord au sud et de l’est à l’ouest en occupant d’importantes superficies dans chaque province du pays. Il comprend notamment cinq sites du Patrimoine Mondial (Parc National des Virunga, Parc National de la Garamba, Parc National de Kahuzi-Biega, Parc National de la Salonga, Réserve de Faune à Okapi) et trois sites RAMSAR (Parc National des Virunga, Parc des Mangroves, et Lac Télé - Lac Tumba).

Le contexte du secteur de la conservation de la nature en RDC

Depuis une dizaine d’années, la gestion des ressources de la biodiversité s’effectue dans un contexte socioéconomique de postconflit. En effet, après 30 ans de régime mobutiste (1965-1997), les conflits armés de 1998 à 2003 ont donné le coup de grâce à un pays qui était déjà très fragilisé.

Les années de guerre ont eu un impact extrêmement négatif sur l’ensemble des structures de l’État (institutions, infrastructures, communications, etc.). Dans le secteur environnemental, les conséquences de cet impact ont été très graves. Pendant presque dix ans, les institutions étatiques vouées à la gestion et à la conservation des forêts (notamment le Ministère de l’Environnement et l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, mais aussi les centres de formation en foresterie et en conservation de la nature) ont été pratiquement bloquées. Le manque de ressources financières, la déviation des priorités vers des affaires plus urgentes, la corruption et les blocages politiques se sont ajoutés à l’insécurité générale et à la destruction des infrastructures (communications, énergie, routes, etc.).

Pendant plusieurs années, les équipes basées sur le terrain (dans les aires protégées notamment) se sont vues abandonnées à leur sort, tombant dans une sorte d’oubli institutionnel. Cela a conduit à une diminution partielle, voire totale dans certains cas, du contrôle de l’État sur les forêts et les aires protégées et, par conséquent, à une augmentation des pressions anthropiques sans contrôle sur celles-ci. Pourquoi ? D’un côté, l’extrême difficulté de la situation a poussé une large majorité de la population à se tourner vers des activités de subsistance, surtout fondées sur l’extraction de ressources naturelles (bois, viande de brousse, produits forestiers non ligneux, etc.). D’un autre côté, la situation de conflit armé a ouvert les portes à de nombreuses milices armées et groupes rebelles qui ont exploité les ressources naturelles à leur guise. Ainsi, ont augmenté :

- le braconnage (tant de subsistance que pour le commerce illégal d’ivoire, de viande de brousse, etc.) ;

- la déforestation dans des aires protégées (notamment pour la production de bois de chauffe et de charbon de bois) ;

- l’orpaillage et en général les activités d’extraction de minerais dans les aires protégées ;

- l’occupation d’aires protégées pour l’agriculture et l’élevage ;

- l’installation d’établissements humains dans les parcs nationaux

Les défis de la conservation au niveau local

Comme toute intervention qui affecte la gestion et l’accès aux ressources naturelles, les actions de conservation ont un profond impact sur les zones qui se trouvent autour des aires protégées. Elles comportent des restrictions dans l’accès aux ressources (expropriations, interdiction de chasser, de pêcher ou de déboiser, etc.) et impliquent l’apparition de certains couts que quelqu’un doit assumer (dégâts causés par la faune sauvage dans les cultures, risques d’attaques, perte de bétail, etc.). Ainsi, elles touchent les moyens de subsistance des communautés riveraines, la distribution de la richesse, les structures de pouvoir, voire l’identité des groupes. Si en plus elles ont lieu dans des contextes d’inégalité sociale, de pauvreté, de corruption et de tensions ethniques, il n’est pas étrange qu’elles deviennent facilement motif de conflit entre les populations riveraines et les autorités de conservation.

Le contexte régional : le poids des années de guerre

En plus des conflits que peut générer la conservation au niveau local, les aires protégées congolaises doivent faire face à  une série de problématiques dont l’origine déborde les frontières du pays pour se situer au niveau régional, concrètement dans la région centrale du Rift Albertin, au long de sa frontière est avec l’Ouganda, le Rouanda et Le Burundi.

Depuis 1994, la région a été marquée par une série de guerres civiles, un génocide et des déplacements en masse de réfugiés. Ces conflits, qui se maintenaient initialement à l’intérieur des frontières nationales (comme le génocide ruandais ou la rébellion de la LRA en Ouganda), ont très vite débordé vers d’autres pays, emportant la région dans un cycle récurrent de conflits armés où les revendications politiques, ethniques, territoriales et économiques se confondaient dans une spirale de violence qui a laissé plus de quatre millions de morts et d’innombrables déplacés en République Démocratique du Congo.

Certaines aires protégées congolaises, surtout celles situées à l’est du pays, comme le Parc National des Virunga, se trouvent au centre même d’une région caractérisée par la pauvreté, la densité urbaine, la concurrence intense pour les ressources naturelles, le manque de participation politique  et les inégalités sociales. À cela s’ajoute la présence de milices armées qui nient l’autorité des institutions et luttent par les armes pour se faire avec le contrôle de certaines ressources naturelles (or, coltan, diamants, bois de feu, etc.). Les projets de conservation sont forcés de tenir compte de ces multiples dynamiques, qui les affectent indéniablement. Mais ils peuvent aussi les exacerber, car la gestion des ressources naturelles est loin d’être apolitique, et d’une façon ou d’une autre peut contribuer à intensifier les conflits entre autorités locales, entre gouvernements ou entre groupes armés.

Le futur

En 2003, la RDC est entrée dans une période de transition politique qui a abouti, en 2006, aux premières élections démocratiques depuis l’accession du pays à l’Indépendance. Cela n'implique pas le retour définitif à la stabilité politique et socio-économique, mais jette les bases de la reconstruction du pays. Les institutions congolaises de gestion de la nature (ICCN, MECNT) ont repris force et comptent avec l’appui de nombreux partenaires techniques et financiers, qui ont décidé de les appuyer. La situation n’est pas facile, et les acteurs de la conservation doivent encore faire face à de profonds conflits structurels dont la gestion déterminera le futur du développement durable de la République Démocratique du Congo, mais si la volonté politique se maintient, ainsi que le compromis des partenaires internationaux, incluse la Commission européenne, les aires protégées de la RDC pourraient devenir un moteur de développement durable exemplaire en Afrique centrale.

En savoir plus sur les parcs nationaux de la RDC

Virunga

Upemba

Garamba

Salonga

Site web du Centre Commun de Recherche (CCR/JRC) de la Commission européenne


Sur le net
Page web sur les liens existant entre conservation et conflit, de l’International Institute for Sustainable Development
Page web sur la conservation de la biodiversité en zones de conflit armé, de l’UNESCO
Articles Remarquables

Potentiel REDD + de la RDC

Rapport préalable sur le potentiel (de réduction des EGES, écologique, financier, etc.) de REDD de la RDC

Auteurs : Ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme par la Coordination nationale du Programme UN-REDD (CN-REDD)

Date de publication : Décembre 2009

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Effects of War and Civil Strife on Wildlife and Wildlife Habitats

La surexploitation de la vie sauvage et de la végétation dans des zones de conflit exacerbe les limitations à l’accès aux ressources naturelles. Cela constitue une menace aussi  bien pour la disponibilité des ressources que pour le mode de vie des communautés locales qui en dépendent. De récentes études socioéconomiques ont identifié des relations causales entre dégradation de l’environnement et conflits civils violents. Le manque de ressources naturelles fomente le surgissement de guerres et de conflits violents dans des pays en développement. 

Les guerres et les conflits civils créent des relations de rétroalimentation positive qui renforcent et amplifient les interactions causales entre la vulnérabilité des écosystèmes, la disponibilité de ressources et les conflits civils violents. Des associations fortes et flexibles entre les communautés locales, les ONG et les institutions internationales peuvent constituer un facteur essentiel dans la mitigation des effets de la guerre sur la vie sauvage en aidant à maintenir la continuité des efforts de conservation durant les périodes d’instabilité politique.

Auteurs : Joseph P. DUDLEY, Joshua R. GINSBERG, Andrew J. Plumptre, John A. HART, Liliana C. CAMPOS

Conservation Biology - 2002

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Conserving the Peace: Analyzing the links between conservation and conflict in the Albertine Rift

Abstract: The Albertine Rift is host to some of Africa's richest biodiversity, as well as the site of some of its most intense social and political upheavals. Conservationists working in the region are faced with mounting socio-economic pressures that not only threaten biodiversity but make their jobs more challenging and potentially dangerous. This calls for adaptive and innovative approaches to planning, implementing and evaluating conservation interventions so that they minimize risks and address some of the root causes of threats to conservation.

This paper charts the variety of forms of conflict that conservationists in the Albertine Rift face. It then analyzes seven conflict assessment tools that conservationist might use to obtain a better, more systematic understanding of conflict in their project area, assess how their interventions could affect conflict dynamics and use this understanding to design and implement activities that will avoid or mitigate conflict.

Authors: Anne HAMMILL and Oli BROWN

International Institute for Sustainable Development - 2006

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L’herbe foulée : Atténuer l’impact des conflits armés sur l’environnement

Résumé : Les conflits armés constituent un problème grave dans plusieurs régions d’Afrique. En effet, plusieurs pays africains semblent se diriger vers un conflit potentiel tandis que d’autres sont déjà impliqués dans un conflit, en sortent à peine ou ont entrepris une phase de redressement à long terme. Ces conflits n’apportent que dévastation. Ils provoquent des souffrances indicibles et entraînent des pertes humaines considérables en plus de fragmenter les sociétés et de causer l’effondrement des économies. Ils ont aussi un effet dévastateur sur l’environnement, la biodiversité et les ressources naturelles dont dépendent plusieurs personnes et ces effets néfastes persistent même une fois les hostilités terminées.

Auteurs : James SHAMBAUGH, Judy OGLETHORPE, Rebecca HAM, Sylvia TOGNETTI (contributions)

Biodiversity Support Program - 2001

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Volcans en état de siège : impact d’une décennie de conflits armé dans le massif des Virunga

Résumé : Ce cas d'étude aborde les événements qui se sont déroulés de 1990 à 2000 dans la région des volcans Virunga, située à cheval entre la République Démocratique du Congo, le Rwanda et l'Ouganda, et leurs impacts respectifs qui ont été observés sur la biodiversité de la région. Les conflits armés et les événements associés tels que les mouvements et la présence de réfugiés et de déplacés, ont affecté de manières diverses les écosystèmes naturels des Virunga, et les principales conséquences ont été notamment: les pertes en vies humaines, le déclin des institutions concernées et du tourisme, la déforestation, le braconnage, la destruction d'infrastructures, le niveau de perception des populations locales par rapport à ces aires protégées, etc.

Auteur : José KALPERS
World Wild Life - 2001

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From Conflict to Peacebuilding – the Role of Natural Resources and the Environment

Abstract: This United Nations Environment Program (UNEP) report aims to summarize current knowledge on the links between environment, conflict and peacebuilding through thirteen field-based case studies. Based on its analysis, UNEP’s report draws three key conclusions for future UN peacemaking and peacebuilding operations: - Natural resources and the environment can be involved in all phases of the conflict cycle: from contributing to the outbreak and perpetuation of conflict and to spoiling the prospects for peace. The way that natural resources and the environment are governed has a determining influence on peace and security. - Consequently, it is clear that investing in environmental management and the governance of natural resources is an investment in conflict prevention. - Moreover, cooperation over the management of natural resources and the environment provide new opportunities for peacebuilding that should be pursued.

UNEP - 2009

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Les forêts et les conflits

Résumé : Les forêts et les conflits sont un thème qui mérite plus d’attention qu’il ne reçoit aujourd’hui. D’une part, les conflits font partie intégrante de la gestion des forêts et, suivant notre façon d’y répondre, ils peuvent représenter un important facteur d’amélioration de la gestion des forêts et de changement social positif. D’autre part, les situations qui déterminent des conflits violents entravent la gestion durable des forêts car elles compromettent les efforts déployés pour réduire la pauvreté et améliorer la gouvernance.

(Article en En, Fr, Es)

FAO - 2009

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Aires protégées en République Démocratique du Congo

Résumé : La "conservation de la nature" serait-elle devenue la nouveauté dans la lutte pour la survivance ? Le discours actuel fondé sur le développement durable semble répondre aux angoisses suscitées par les modèles de croissance déconnectés des dimensions environnementales et sociales. Par son exigence d’un "développement soutenable", ce propos renferme un nouveau paradigme qui se veut non compromettant pour le développement de demain.
Le cas des systèmes de conservation de la nature est particulièrement patent. Au Nord-est de la RDC, dans la région de Butembo, depuis la création du Parc National des Virunga (PNVi) et d’autres réserves, il se vit des conflits entre le système chargé de la conservation de la nature et les populations riveraines. Les uns évoquent des raisons de protection de la biodiversité et de régulation de l’environnement global pour justifier la sanctuarisation des réserves naturelles tandis que les autres considèrent indéniable l’utilisation des ressources disponibles dans ces espaces.

Auteur : Paul VIKANZA KATEMBO

Dans : Passages, Paris, 1er trimestre, mars 2009.

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